Depuis quelques temps, il me semble que de plus en plus de personnes autour de moi s’interrogent sur un projet entrepreneuriat. Nouvelle tendance ? Coïncidence ? Biais de sélection ? Je ne sais pas, mais le fait est qu’on me pose de plus en plus souvent ce genre de questions : Comment savoir si l’entrepreneuriat est fait pour moi ? Est-ce que tout le monde peut y arriver ? Comment réussir ?
Je me dis souvent qu’à terme, les frontières entre le monde du salariat et de l’entrepreunariat vont avoir tendance à s’abaisser, pour laisser place à des statuts et fonctions plus « hybrides ». Peut-être qu’un jour, il n’y aura plus vraiment de « profil-type » salarié ou entrepreneur.
Toutefois, en attendant, il me semble que choisir l’entrepreneuriat revêt des particularités encore bien précises dans le monde du travail, dont il vaut mieux avoir pris conscience pour se lancer en toute sérénité.
Je vais donc tenter de vous livrer quelques pistes pour vous aider à décrypter si c’est le moment de sauter le pas ! Je parlerai surtout ici des solo/micro/auto entrepreneur, n’étant pas assez experte des autres types d’entrepreneuriat possible.
Ai-je la personnalité d’un auto-entrepreneur ?
Je vous propose ici une liste (non-exhaustive) des qualités que me semblent bien correspondre au profil d’auto-entrepreneur :
Autonomie et autodiscipine
Entreprendre, c’est ouvrir la poste à un quotidien bien différent de celui du salarié « classique »…A priori, une fois installé dans votre nouveau « solo-bureau », personne ne sera là pour vous dire quoi, quand et comment produire ! Il est donc important, pour éviter le vertige, de savoir se fixer ses propres objectifs, définir une organisation personnelle etc…
De même, votre indépendance d’esprit sera votre meilleure alliée, vous en aurez besoin pour créer des services/produits qui vous ressemblent. Bien plus qu’en reproduisant un concept qui existe déjà, c’est en personnalisant vos offres que vous aurez le plus de chances d’attirer des clients et de vous faire remarquer !
Capacité à concevoir ET à mettre en oeuvre
EEn tant que « touche-à-tout », l’auto-entrepreneur doit à la fois avoir des idées (intelligence conceptuelle, créativité sous diverses formes)…et l’envie/la capacité de les mettre en œuvre (planification, engagement dans l’action, sens concret etc).
Capacité à travailler seul
Si le travail en équipe est votre moteur dans votre job actuel, interrogez-vous bien sur ce point. L’auto-entrepreneur doit aimer passer du temps seul, à réfléchir et à produire. Il doit constamment trouver des sources de motivations internes pour avancer.
Ténacité
Une chose est certaine, rares sont les succes-story qui démarrent à la première tentative ! Il me semble important, pour rester un « entrepreneur épanoui », de savoir garder le cap, même si les encouragements ou les signes de reconnaissance ne viennent pas tout de suite. Vous avez tendance à vous décourager facilement ? Gardez ce point en tête comme une piste de réflexion, voire de travail sur vous-mêmes si vous choisissez de vous lancer.
Curiosité
Un entreprise se construit rarement seule. Entreprendre rime avec envie quotidienne de s’inspirer des autres, d’idées, de concepts. Il est important de garder l’esprit ouvert, de laisser infuser toutes ces sources d’inspirations avant de se les approprier pour trouver votre concept, à la fois innovant, réaliste et adapté à qui vous êtes
Un minimum d’extraversion pour parler de son projet
C’est souvent le point qui bloque…Si la capacité à travailler seul est primordiale, toute la difficulté réside dans le fait qu’il faut savoir doser entre travail de fond en solo et promotion de votre offre ! Savoir en parler autour de soi, tisser du lien, créer des collaborations est indispensable si vous souhaitez donner sa juste valeur à votre travail.
Un juste équilibre entre patience et enthousiasme
Là encore, tout est dans le dosage…la patience sera parfois votre meilleur atout pour avancer tranquillement, sans brûler les étapes (voire vous griller 😉). Il y a un temps pour réfléchir, un temps pour mettre en œuvre et un temps pour récolter les fruits de son travail…et gagner sa vie !
Mais parfois, un peu d’impatience, d’urgence vitale à vouloir réaliser votre rêve sera aussi un moteur intéressant pour vous permettre de trouver votre énergie d’entreprendre. J’ai tendance à croire qu’un entrepreneur trop souvent branché sur pilote-automatique risque de ne pas aller au bout de l’exploitation de son talent !
Un zeste d’intuition
On en parle souvent dans les fonctions créatives, mais je pense que l’intuition est essentielle pour tous types d’entrepreneurs ! Elle permet de suivre le cap de nos idées, de garder une sorte de conviction profonde sur la direction dans laquelle nous allons, sans céder au découragement si nos idées ne fonctionnent pas immédiatement.
Capacité à la remise en question
Nous avons parlé de la ténacité comme d’une qualité importante, mais quand l’entêtement pointe le bout de son nez…mieux vaut savoir s’arrêter ! En solo, il vous sera plus difficile de savoir à quel moment vous partez dans la mauvaise direction. Aucun entretien annuel ou manager en vue pour vous indiquer vos « points de progrès », chers au jargon RH…Restez donc à l’écoute des signes qui viendraient valider ou invalider vos choix ou votre façon de faire. Avant de vous lancer, vérifiez que vous êtes prêts à « cent fois sur le métier remettre votre ouvrage »…
Point sur les contraintes matérielles
Vous vous sentez en accord avec les qualités exposées au-dessus ? Votre profil d’entrepreneur se dessine plus nettement ! Avant de foncer enregistrer votre SIRET, assurez-vous tout de même d’être bien au clair sur les contraintes pratiques et financières du solo-entrepreneuriat…

La non-stabilité des revenus
Évident me direz-vous, mais il faut bien songer qu’en tant qu’autoentrepreneur, vos revenus ne sont jamais assurés, ni fixes. Chaque mois, votre chiffre d’affaire sera remis en jeu, fluctuants selon le bon vouloir de vos clients…Cela suppose d’avoir une petite source de revenus complémentaire, ou un « matelas » de sécurité en cas de pénurie de client, même temporaire. Songez également qu’il peut être assez compliqué d’obtenir un emprunt bancaire avec ce statut et des revenus fluctuants.
Les avantages sociaux limités
Si vous songez à quitter un statut de salarié, à fortiori dans un grand groupe, pensez bien à considérer tous les avantages dont vous disposez aujourd’hui. Certains paraissent évidents et on s’aperçoit qu’ils nous manquent qu’une fois qu’on ne les a plus !
Pensez à faire le point sur :
- Votre contrat de prévoyance/mutuelle d’entreprise et votre caisse de retraite ;
- Vos primes, bonus, petits avantages et plan épargne entreprise : 13ème mois, intéressement, participation, mais aussi chèques vacances, réductions du comité d’entreprise, tickets restaurant/cantine, frais de transports…Faites le calcul sur une année, cela peut représenter des sommes importantes !
- Votre régime de sécurité sociale : En tant qu’indépendant auto-entrepreneur*, vous quittez le régime de la sécurité sociale « classique » (CPAM) pour être affilié automatiquement au RSI (Régime Social des Indépendants). Il est question que cela évolue mais pour l’instant…vigilance !! Vos droits ne sont pas tout à fait les mêmes que les salariés. Pour prendre un exemple, le congé maternité ne dure que 6 semaines (vs 16 semaines pour les salariés) et n’est pas indemnisé en dessous d’un certain chiffre d’affaire. Je l’ai appris à mes dépends…
- Le droit à la formation et les congés payés…
Les contraintes administratives et les charges
En tant qu’auto-entrepreneur, vos complexités administratives sont limitées, c’est d’ailleurs tout l’intérêt de ce statut. Mais tout de même, il vous faudra effectuer des déclarations de chiffre d’affaire à l’URSSAF (trimestrielles ou mensuelles) et vous acquitter de charges calculées sur cette déclaration (de 13 à 25% de votre chiffre d’affaire selon votre activité). Il sera donc nécessaire de tenir votre comptabilité à jour (un fichier Excel peut faire l’affaire).
Le lieu et l’organisation du travail
Pensez bien à la façon dont vous allez vous organiser pour travailler…Si vous envisagez le home office, pouvez-vous vous isoler dans une pièce ? Envisagez-vous de louer un local ? Un espace de coworking ? Si vous avez des enfants, avez-vous songé à un mode de garde qui vous permet de travailler sereinement ?
Les investissements
Le régime de micro entrepreneur ne permet pas de déduire les frais de votre chiffre d’affaires (achat de matériel, fournisseurs etc). Ayez bien en tête le montant approximatif des investissements nécessaires à votre activité. S’ils sont conséquents (professions artisanales et commerciales notamment), n’hésitez pas à faire appel à des professionnels pour réaliser un business plan. Les collectivités territoriales sont nombreuses à proposer des réunions d’informations sur ces sujets, profitez-en !
Vous avez maintenant des clés pour avancer vers vos choix !
J’espère que cet article aura pu vous aider à y voir plus clair dans votre questionnement. J’ai conscience que certains points peuvent paraître dissuasifs alors je voudrais terminer sur une note positive :
Pour avoir passé le cap il y a 18 mois, et avoir découvert au fur et à mesure les limites du statut d’auto-entrepreneur, avant tout, je me réjouis chaque jour du plaisir et la liberté que j’ai à travailler de cette façon. Entreprendre, c’est aussi s’ouvrir à la possibilité de nombreuses rencontres, toujours enrichissantes. C’est pour moi, malgré les contraintes, un luxe absolu de pouvoir construire une activité à sa mesure !
N’attendez pas d’avoir 100% des qualités et d’être à 100% à l’aise avec tous les points présentés. Ce sont des pistes de réflexions, issues de ma propre expérience et des témoignages reçus. Parfois, quand on a la certitude d’être à sa place dans un projet, on accepte plus facilement des contraintes ou des obstacles qui nous paraissaient insurmontables auparavant. N’oubliez jamais de vous faire confiance, et de croire en vous !
*Micro-entrepreneur est le nouveau terme officiel pour designer les auto-entrepreneurs
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